• UN VILLAGE TUILIER DU GÂTINAIS: SAINT SEROTIN (2)

    Sur les traces de l'industrie tuilière du XIXème siècle

     

    DEUXIEME PARTIE:   DE BEAUX RESTES

      bq ok

    Toutes les tuileries ont  aujourd'hui disparu. Leurs bâtiments ont été revendus ; des constructions neuves les ont remplacées ; les fours ont souvent été comblés ou transformés en cave. Aussi l es enquêtes de terrain qui auraient permis de retrouver des traces sont difficiles. MV-red.OKjpg.jpgCependant, certains lieux-dits nous réservent encore de belles surprises. La Sécherie conserve des fours et des restes de séchoirs, les Petits Gitrys  et Chémeteau les alandiers d'un  four et les séchoirs, la Bretelle garde encore les alandiers de ses deux  fours dont l'un est  transformé en cave. A Pont-sur-Yonne, route de Villeperrot au lieu dit "les Courtils" , subsistaient il y a peu de temps des vestiges de l'importante tuilerie des Courtils (appelée aussi tuilerie de Beaujeu ou tuilerie Bertrand) dont un mur ajouré de l'ancien séchoir. A Villebougis existent encore les beaux bâtiments de la tuilerie de Chaubourg, inclus actuellement dans une proprité privée (voy les cartes dans la première partie pour l'emplacement de ces tuileries). En plein bois, au milieu des ronces on peut aussi voir l'entrée du four à trois foyers de la tuilerie des Marcelots.

     

      A- Des fours et des séchoirs 

      dessin 16

     

    un alandier : partie du foyer placée à la base d'un four et servant à produire la chaleur nécessaire à la cuisson des briques ou des tuiles 

    les carneaux : ouvertures ménagées dans la sole d'un four pour laisser passer la chaleur

     

    secherie

     

     

     

     L'entrée des fours
    où brûlent une grande quantité de fagots                                                   Les alandiers où se concentre la chaleur

    Secherie les alandiers et les carneaux red

    Secherie entrée des foyer d'un four mod IMGP4452

     

                    

     

     

     

     

     

     

     La chambre de chauffe où sont empilées
    soigneusement briques ou tuiles 

    Secherie la chambre de cuisson redLa maison du tuilier                      

    Secherie la maison du tuilier red



      les gitrys

     

     

                                      Entrée du foyer avec deux alandiers                             Un alandier et ses carneaux 

    four Petit Gitry red

    Le Petit Gitry un alandiers et ses carneaux red 

     

     

     

     

     

     

     

     

     

     

     

     

     

     

     

    En plein bois, entrée des deux fours de la tuilerie DES MARCELOTS,  

      Les Marcelots entrées des 3 foyers

     

      le chaubourg

     

     

      Hameau de Villebougis 

     

      chaubourg-séchoir2  chaubourg-entrée des alandiers du four

    Le séchoir de la tuilerie du Chaubourg a conservé son beau toit à forte pente. Les murs de soutènement  à claire-voie,  permettaient autrefois  la circulation de l'air pour un meilleur séchage des briques.

    chaubourg-séchoir1

     

    l'orme

     

     

     

    ferrasse red

    De l'importante tuilerie Ferrasse située au carrefour de l'Orme sur la commune de Villebougis ne reste qu'une plaque de terre cuite qui témoigne du début de son fonctionnement en 1846. Ferrasse est devenu ensuite une des plus importantes tuileries de la région. Une belle maison de maître subsiste dans cette enceinte abritant aujourd'hui des chambres d'hôtes.

     

      plaque red

     

    On peut lire sur cette plaque : "cette tuilerie a été commencée en 1846 par Louis Ferrasse qui en a jeté les premiers fondements" en tout petits caractères on devine les noms des ouvriers qui ont réalisé cette plaque"Verger G(abri)el, Morel, Verger Savinien, Marcherin, Matignon, Guibartet et tous martyrs de la première année".

     

    tuilerie de l'orme rec2 

      tuileriebrannay

     

    B-Des marques

    Les recherches de Jean-Yves Prampart (2) ont révélé  l'existence de 92 marques de tuiles sur Saint Sérotin. 

    marques2OK-copie-1

     

    Au cours du sèchage, les briques étaient frappées à l'aide d'un marteau avec des lettres en relief et en majuscules qui indiquaient  les initiales des fabriquants : on retrouve  facilement ces marques bien apparentes sur les murs des maisons anciennes de tous les villages et lieux-dits des alentours de Saint-Sérotin, et ceci jusqu'à Sens et Pont-sur-Yonne.bigot 9 Les tuileries changeant fréquemment de propriétaires, il est malheureusement difficile de faire coïncider marques et lieux exacts de fabrication. On sait qu' il existait des 'dynasties' de tuiliers: les Bertrand, les Bigot, les Preau,  les Marquis, qui se succèdaient  (père, fils, frères, neveux, gendre ) chacun ayant sa propre marque.                   une "tuile violon" spécialité de la tuilerie Bigot des Grands Gitrys

    Il est parfois possible d'associer une marque à une fabrique. Par exemple :

     

    R       Roussel      La Sécherie                                BQ   Bertrand Quatrevaux   Les Courtils  Pont / Y

    RC    Roussel Collinet     La Sécherie                     LB    Lombard Bonneau    Les Marcelots  Le Fay

    MD    Maillard Jean Denis    Les petits Gitrys 2    MV   Marquis gendre Vilain     Les Petits Gitrys 2

    CD    Chevalier-Dupuis    Plénoche

    CL    Charpentier Leconte    Brannay

          Préau     La Bretelle

     

    marques1 red

    Des recherches restent à faire, des enquêtes à mener, auprès des derniers descendants de ces familles de tuiliers et nous espérons que nos lecteurs nous y aideront...

     

    C-Un vestige inattendu

     

    la tour 2Bien cachée au fond du bois, au lieu-dit "les Lucas", entre les grands Gitrys et la route  des Goûts, un cueilleur de champignons égaré peut tomber par hasard sur cette tour perdue dans la verdure à laquelle nul chemin ne mène ...

    Bien droite, creuse, toute en briques, elle se dresse à une vingtaine de mètres de haut et en se penchant à l'intérieur on peut voir un morceau de ciel. Les lettres MV (tuilerie Marquis gendre Vilain ?) frappées sur les briques témoignent de leur fabrication dans l'une des tuileries toutes proches, Chemeteau, l'Espérance ou les Petits Gitrys.

    la tour 3

    la tour1

     

     

     

     

     

     

     

     

     

     

      On découvre aussi, dans la pénombre de la tour une plaque  "opérations cadastrales -TRIANGULATION du service géographique de l'armée ". Munis de ces indications, après quelques recherches, nous découvrons qu'un certain nombre de ces constructions nommées "tours ou cheminées géodésila borne1ques" auraient servi à construire les cartes d'Etat major au cours du XIXe siècle (qui peuvent être vues comme succèdant aux cartes de Cassini)(3). L'objectif de ces cartes étaient de "servir avec succès aux opérations militaires d'attaque et de défense". Ainsi la majeure partie des  cheminées ou tours géodésiques se rencontre-t-elle dans les régions du Nord et de l'Est de la France (4) et (5).

     

     

    UNE EPHEMERE PROSPERITE

    L'évolution des techniques, l'invention de nouveaux matériaux comme le ciment industriel, la mécanisation et la naissance de véritables usines munies d'outils modernes (la tuilerie FERRASSE de Villebougis, l'usine de Brannay ou la tuilerie des Courtils à Pont-sur-Yonne) n'ont pas permis à la "petite unité familiale de production, bien traditionnelle faiblement rentable" (1) de franchir  le cap de la Première Guerre Mondiale. Les dernières "petites" tuileries se sont lentement éteintes. En 1920, la tuilerie des Grands Gitrys (tuilerie Bigot) allume le dernier "Grand Feu".

      bigot2-IMGP5026

    Première partie: un village tuilier du Gâtinais
    Troisième partie: le travail des enfants dans les tuileries de St Sérotin

     

     (1) Jean-Luc Dauphin et Jean-Paul Delor, De tuile et de brique, Contribution à l'étude de l'artisanat tuilier et de l'habitat traditionnel dans le nord de l'Yonne, Les Amis du Vieux Villeneuve, 1998.

    (2) Nous avons utilisé les travaux  de terrain réalisés par les élèves d'une classe de 4ème  du collège  des Champs Plaisants de Sens sous la direction de leur professeur Jean-Yves Prampart,  relatés dans un fascicule Contribution à l'étude du Nord Sénonais édité par la Société Archéologique et Culturelle de Pont-sur-Yonne (SACPY ) en 1983.


    (3) Dressée par ordre de Louis XV, c'est la première dans l'histoire à s'appuyer sur une triangulation géodésique. Les mesures sont établies par Jacques CASSINI DE THURY (1677-1756) et son fils François (1714-1784). Les travaux sur le terrain et la gravure entrepris par François ne furent terminés et publiés qu'en 1815 par son fils Dominique. Une soixantaine d'ingénieurs ont effectué des relevés entre 1750 et 1789, enquêtant auprès des seigneurs et curés pour relever les noms de lieux.

    (4) quelques précisions sur les cheminées géodésiques
     

    (5)L'Institut Géographique National (IGN)  succède en 1940 au Service Géographique de l'Armée (SGA). Dès 1953, la couverture photographique aérienne du territoire national est terminée. L'IGN nous propose aujourd'hui, via géoportail, une carte construite à partir de la carte d'Etat major établie par la SGA au XIXe siècle.

     

     

     

     

                                

     

     

     

     

     

     

     

     

     

     

     

     

     


  • Commentaires

    1
    ygnard
    Jeudi 5 Février 2015 à 16:19
    Riche et passionnante, la suite est à la hauteur du très intéressant début.
    A quand une balade découverte des vestiges si bien photographiés ?

    Une tour géodésique en brique bien visible existe sur les terres de la ferme des Rosny à Chaumont; elle a servi d'observatoire militaire pendant la 1ère guerre mondiale.
    Grâce à votre travail, les travaux précédents sur le sujet se trouvent bien rediffusés et enrichis.
    Encore Merci !
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