• L'habitat ancien

    de brique, de craie, de sable…

    S’il a fallu plusieurs siècles pour construire notre ville, les cinquante dernières années ont souvent été suffisantes pour en altérer l’authenticité. Chacun de nous en est responsable, pas assez attentif lors des rénovations à la beauté et au caractère des constructionsfaçade briquesanciennes. Sur la Place Eugène Petit en particulier, certaines maisons ont été si mal restaurées qu’on n’y reconnaît plus les bâtiments anciens : l’enduit de ciment uniformément gris, couvrant toute la façade a fait disparaître tous les décors de briques qui constituaient l’originalité du bâti sénonais.

    C’est au 19ème siècle qu’un vaste mouvement de reconstruction affecte toute notre région. Aux chaumières basses à pans de bois, obscures et sujettes à trop d’incendies, succèdent des maisons en craies, aux hautes ouvertures encadrées de briques.

    Pourquoi la craie ?. Les collines qui bordent la vallée de l’Yonne sont constituées par d’immenses bancs de craie formant des carrières, souvent à ciel ouvert, faciles à exploiter, qui ont rendu possible l’extraction de blocs réguliers de craie blanche parfaitement jointifs, débités à la scie, montés en carreaux et boutisses et ont  permis ainsi de construire des murs de bonne stabilité. Pour faire barrage aux remontées d’eau par capillarité,. les soubassements sont de silex, cailloux ou morceaux de brique liés à la glaise.

    Pourquoi la brique ? La présence d’argile à proximité a permis à de nombreuses briqueteries de s’installer dans toute notre région, en particulier à St Sérotin (où on en comptait 11 en 1882), et à Pont-sur-Yonne. Les chaînages de briques verticaux ou en bandeaux horizontaux ont eu pour premier effet de renforcer la stabilité des moellons de craies. Un enduit de chaux (plus ou moins mélangé de sable) couvre le gros œuvre, ne laissant apparaître que les encadrements de baies, les bandeaux et les chaînages de brique : ceux-ci sont alors devenus éléments de décoration.

    Pourquoi le sable ? La rivière est là, toute proche : on en tire le sable qui, mélangé à la chaux forme un mortier qui permet d’obtenir des enduits dont la texture varie selon la composition de l’agrégat, plus ou moins mélangé de graviers ou de terre cuite pilée. Cela donne des crépis blonds, plus ou moins ocrés, solides, avec peu de retrait.

    Au centre ancien de la ville, on peut encore voir certaines façades bien conservées avec de subtils jeux décoratifs de briques, (encadrements de baies, bandeaux, corniches de plusieurs rangées) plus ou moins complexes et ouvragés qui jouent sur la disposition autant que sur les couleurs des briques. Toutes n’ont pas la même teinte : roses, jaune, brunes, porche ancien

    certaines plus cuites tirant sur le noir ; façonnées à la main, elles laissent percevoir des défauts, des effets de « matière » qui lui confèrent une texture accentuée par la patine et l’usure du temps.

    Il reste aussi dans les rues les plus anciennes,, rue de l’Ancienne Poste, rue François Bernier, rue du Château ou le bas de la rue du Gâtinais, de très beaux porches, cintrés, à encadrement de briques, (la clef de voûte du cintre portant souvent les initiales du propriétaire ou l’année de construction), avec un ou deux motifs en fer forgé en forme de cœur renversé.

    Les constructions anciennes sont des œuvres que l’on ne reproduira plus ; elles résultent d’un juste équilibre entre le matériau disponible dans la région, les possibilités techniques de chaque époque et les traditions esthétiques.
    Nous nous devons de veiller à leur conservation.


     
     

     


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