• FLOTTAGE sur l'Yonne (4ème partie) L'insurrection de 1851 à Clamecy - Fin programmée des flotteurs

     

    FLOTTAGE sur l'Yonne (4ème partie) L'insurrection de 1851 à Clamecy - Fin programmée des flotteurs

     

    L'insurrection de 1851

    à Paris

     

     La nouvelle du coup d’État de décembre 1851 de Louis-Napoléon Bonaparte se diffuse à Paris, des barricades se construisent "pour défendre la république " en particulier dans le faubourg St Antoine quartier dont la population est composée d'artisans et d'ouvriers du bois, population très ouvrière  et régulièrement fréquenté par les flotteurs de Clamecy qui, au retour de Paris, diffusent dans leur quartier (le Beillant) les idées "avancées"d es artisans du faubourg St Antoine .

     

    FLOTTAGE sur l'Yonne (4ème partie) L'insurrection de 1851 à Clamecy - Fin programmée des flotteurs

    Mort sur les barricades du député républicain Victor Alphonse Baudin - lithographie de C. Wentzel -1851-(1)

     

    L'insurrection gagne toute la France

    particulièrement le Sud-Est et la région de Clamecy

    On évalue à près de 100 000 insurgés pour toute la France : cela concerne particulièrement le Sud Est, l’Ardèche, la Drome, les Basses Alpes, le Var mais aussi la Nièvre et particulièrement Clamecy.

     

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     Pourquoi Clamecy ?


    Toute une Histoire

    C'est à partir du XVIe siècle que l'on voit naitre et se développer à Clamecy une population de flotteurs. D'où venaient-ils ? Pauvres gens du lieu, ouvriers bûcherons des forêts voisines ou même du Morvan. Tous se regroupent et se fixent près de l'endroit où le travail les attend, à Clamecy. Leur nombre augmente en même temps que le commerce du bois prend de l'ampleur.

    Une population nombreuse et groupée dans un même quartier; des "coalitions" de flotteurs organisées dès 1709.

    L'apogée du flottage se situe à la fin du XVIIIe siècle  Le recensement de 1790 donne  5008 habitants  pour la seule agglomération de Clamecy. Jacques  Dupont (2) estime à 4000 personnes, (les flotteurs et leur famille) une population regroupée dans le même quartier, "le Beillant", en bordure de rivière (terrains de peu de valeur souvent inondables), population  dont le dénominateur commun est le flottage des bois pour l'approvisionnement de Paris. Fiers de leur particularisme, conscients de leur force, les flotteurs mènent de nombreuses grèves appelées coalitions ou "cabales"(3). Ces mouvements sociaux quoique interdits sont très efficaces car ils mettent en danger le précieux approvisionnement de Paris. La première date de 1709 et fut sans cesse rejouée dans la 1ere moitié du XIXe siècle. Une "coalition"  peut en effet, en interrompant la livraison de bois "de chauffe et de four", paralyser la capitale en quelques semaines.

    "la population des flotteurs est peut-être l'une des premières en France où s'ébauche à partir des circonstances, du grand nombre nombre d'ouvriers concentrés en un même lieu, d'un métier pénible, dangereux et mal rémunéré -quoique très spécialisé- une conscience de classe ." Jean-Claude Martinet  (voire note)

    Défendre la République en danger

     A partir de 1848,  la seconde république commence à décevoir ceux qui aspirent à une république "démocratique et sociale". Les flotteurs mais aussi d'autres ouvriers et gens de rivière et la petite bourgeoisie progressiste  (professions libérales, artisans, boutiquiers) s'organisent. C'est à cette période que la conditions de vie des ouvriers du bois sont les plus mauvaises, le chômage s'accentue et la misère est grande dans le quartier du Beillant.

    Partout en France naissent des Sociétés Secrètes les "Mariannes", y compris dans la Nièvre et l'Yonne où la colère gronde. A Clamecy, les républicains s'attendent à un coup de force des bonapartistes et préparent depuis plusieurs mois une riposte. Les cafés ont une grande importance dans la vie politique clamecycoise : les flotteurs se réunissent chez l'aubergiste Denis Kok, la classe moyenne chez Gannier, tous républicains opposés au "parti de l'Ordre". (4) C'est là et dans bien d'autres lieux plus secrets que se prépare l'insurrection.

     

     Insurrection et répression

     

    FLOTTAGE sur l'Yonne (4ème partie) L'insurrection de 1851 à Clamecy - Fin programmée des flotteurs En réponse au coup d'état de Louis-Napoléon Bonaparte, du 2 décembre l'insurrection populaire républicaine éclate à Clamecy le 5 décembre 1851.

    "Le drapeau rouge a flotté trois jours au dessus des toits serrés de la vieille cité", le tocsin a sonné, on a chanté la Marseillaise, vingt trois barricades ont été élevées.

    Certaines communes des environs de Clamecy ont fourni un contingent élevé d'insurgés. Dans la nuit du 5 au 6 décembre, au plus fort de l'insurrection, on estime à trois mille le nombre d'insurgés dans la ville. L'insurrection fit au total 10 tués : deux gendarmes, trois civils, cinq insurgés.


     

     La répression est sans merci !

    La troupe conduite par le Préfet de la Nièvre entre le 7 décembre dans Clamecy. Les insurgés se dispersent dans la campagne et c'est la chasse à l'homme, les razzias et les exécutions sommaires. Tout homme pris les armes à la main est fusillé. On fait un grand nombre de prisonniers. Des procès d'exception sont organisés.

    Ainsi dans l'arrondissement de Clamecy, 576 insurgés sont condamnés dont 308 à la transportation à Cayenne ou en Algérie, 67 sont renvoyés devant le conseil de guerre qui prononce 7 condamnations à mort dont 5 seront commuées en prison à vie et deux flotteurs  seront exécutés le 30 juillet 1852. (5)

    Trois cent à quatre cent familles privées de leur chef se retrouvent dans le plus profond dénuement.

    Il a fallu trente ans, pour que soit élevée en 1881, sous la IIIe République, une colonne  à la mémoire des insurgés de 1851. Elle affirme le caractère légitime du soulèvement contre le régime de Louis-Napoléon Bonaparte et fait le bilan de la répression. Il fallut encore plus longtemps pour que la mémoire des flotteurs soit réhabilitée : en 1945, on inaugure la statue du flotteur sur le pont du Beillant !

     

     FLOTTAGE sur l'Yonne (4ème partie) L'insurrection de 1851 à Clamecy - Fin programmée des flotteurs

    Honoré Daumier "les émigrants" -bas-relief - 1855 - Musée d'Orsay ou Musée de l'histoire et de l'émigration (6)

     

    FLOTTAGE sur l'Yonne (4ème partie) L'insurrection de 1851 à Clamecy - Fin programmée des flotteurs

    Honoré Daumier "les fugitifs" - huile sur toile - musée du Petit Palais -

                                                                                                                                                                                                                                                                                 

    (1) Le 3 décembre 1851, le député  Victor Baudin appelle les Parisiens à combattre le coup d'État de Louis-Napoléon  Bonaparte. Avec une soixantaine de députés républicains ou montagnards, dont Victor Hugo , il a formé un comité de résistance. Il meurt sur les barricades.

    (2) Jacques Dupont : "La vie quotidienne des flotteurs"-Société Scientifique de Clamecy -

    (3) Le droit de grève date de 1864. "Dès les années 1820 et  de façon très précoce les flotteurs ont multiplié les grèves ; celles-ci ont entrainé la structuration progressive d'un véritable mouvement flotteur qui en 1841 demande la création d'un syndicat. Puis dans les années 1850, la corporation va se radicaliser jusqu'à jouer un rôle majeur dans la résistance au coup d'état de 1851". voir D.Langoureau "émergence d'un mouvement flotteur" p. 291

    (4) A Clamecy,  le "parti de l'ordre", parti des notables conservateurs occupait la partie haute de la ville autour de la Collégiale où siègeaient l' Hotel de ville, la Sous-préfecture, le Tribunal, la Prison, la Gendarmerie.

    (5) Les  émigrants - Bas-relief de Honoré Daumier  : la signification du titre est assez mystérieuse.
    On invoque le plus souvent, pour expliquer l’irruption de ce thème dans l’œuvre de Daumier, la déportation dans les territoires coloniaux de plus de 4 000 individus, parfois accompagnés de leur famille, qui suivit les journées  révolutionnaires de 1848 (loi du 8 juin 1850) et les proscriptions de républicains consécutives au coup d'État de 1851. On peut penser aussi aux grandes migrations européennes, à l’exode des ruraux vers les villes ou aux départs en masse vers le Nouveau Monde.
    L’émigration est d’ailleurs un thème sur lequel le journal Le Charivari, auquel Daumier collabore, se penche à diverses reprises en 1852.

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    Pour rédiger cet épisode de l'histoire de Clamecy nous avons consulté les ouvrages suivants :

    "La vie quotidienne des flotteurs" de Jacques Dupont, Président de la Société Scientifique et Artistique de Clamecy.

    "Clamecy et ses flotteurs - de la monarchie de juillet à l'insurrection des "Marianne"
    de Jean-Claude Martinet  Editions de l'Armançon -  mai 1995 -

    "Flottage et Flotteurs sur l'Yonne"  - XVIIe siècle à 1923 - de Dimitri Langoureau
    Cahiers d'Adiamos n° 12 (mars 2015)

    A LIRE EGALEMENT

    Bagnard de la République,  mémoire de Numa Millelot, insurgé clamecycois
    Préface de Michel Cordillot université Paris VIIII     Société scientifique et
    Artistique de Clamecy - décembre 2008 -

    Les compagnons du grand flot -roman de Jean François Bazin - Calmann-lévy - septembre 2013

     

     

     


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