• FLOTTAGE sur l'Yonne (1ère partie) - à bûches perdues -

     

    Dans son ouvrage, "Flottage et flotteurs sur l'Yonne, XVIIIe siècle-1923" (1) l'historien Dimitri Langoureau note :

    "L'épopée du flottage constitue un pan de l'histoire icaunaise et nivernaise dont l'exploration ne saurait être considérée comme achevée.

    Durant plus de deux siècles, cette activité a pourtant joué un rôle déterminant en permettant l'acheminement jusqu'à Paris de la majeure partie du bois de chauffage qui lui était nécessaire. Elle a aussi eu un rôle économique essentiel pour les départements de l'Yonne et de la Nièvre car elle a mobilisé pendant des décennies tout au long de la rivière d'Yonne plusieurs milliers d'ouvriers des ports de bois, véritable prolétariat rural dont l'univers social et professionnel reste largement méconnu bien qu'il ait aujourd'hui acquis une image quasiment héroïque."

     

    Le beau livre de Dimitri Langoureau, ainsi que les nombreux  textes  consultés sur le Web et cités en fin d'article, nous permettent de parcourir ici cette longue épopée du flottage sur les ruisseaux, petites rivières et grandes rivières, ces dernières coulant à nos portes .

     

    HISTOIRE DU FLOTTAGE depuis le MORVAN jusqu'à PARIS

    du XVIe au XXe siècle

     

    FLOTTAGE ET  FLOTTEURS  sur l'Yonne

     

    Bien avant le XVIe siècle, le problème de l'approvisionnement de Paris en bois "de chauffe et de four" s'est posé de manière de plus en plus aiguë à mesure qu'augmentait la population parisienne. Les forêts autour de Paris étaient déjà très exploitées et celles du domaine royal étaient réservées à la chasse donc intouchables. On pensa au Morvan, terre de forêt, où poussaient en abondance hêtres et chênes. Mais les voies d'accès étaient rares, les routes  peu nombreuses et en mauvais état et de toute façon insuffisantes pour la quantité énorme de bûches à transporter. Le transport par flottage était connu depuis longtemps mais il servait au transport de bois de marine et de charpentes, des troncs de quelque trente mètres de long, faciles à assembler, et les distances étaient nettement inférieures. Ici il s'agissait de conduire des bûches de 3 pieds 6 pouces (1,14m) sur des distances de 200 à 300 kms. Ajoutons à cela que les rivières n’étaient navigables qu'à partir de Clamecy et à certaines époques de l'année.

    FLOTTAGE sur l'Yonne (1ère partie) - à bûches perdues -

    La fortune semblait être à portée des marchands qui résoudraient de tels problèmes.

    Après bien des tentatives, un premier train de bois du Morvan arrive à Paris, Quai de la Tournelle, le 21 avril 1547, devant les feux de joie allumés par les parisiens. L'entreprise fut conçue par Charles Leconte, Maître d’œuvre de la Charpenterie de l’Hôtel de Ville de Paris, Nivernais d’origine. 

    Deux ans plus tard des radeaux chargés de bûches arrivent régulièrement dans la capitale : l'histoire des flotteurs de Clamecy peut commencer !

     TROIS SIECLES DE SAVOIR FAIRE

     

     Le flottage "à bûches perdues"

     La première partie du voyage se pratique du 15 novembre au 15 avril entre le Haut Morvan et la région de Clamecy :  les bûcherons et les charretiers  sont les premiers concernés  par cette nouvelle exploitation de la forêt.

     

    FLOTTAGE ET  FLOTTEURS  sur l'Yonne

     

    FLOTTAGE ET  FLOTTEURS  sur l'Yonne

     

    Pendant l'hiver, à "sève passée", de novembre à avril,  les arbres âgés d'une vingtaine d'années sont coupés à la cognée puis débités en bûches de 1,14 mètre de long, marquées aussitôt du signe des propriétaires forestiers puis transportés par charroyage avec un ou deux bœufs, jusqu'au ruisseau le plus proche. 

     

    FLOTTAGE sur l'Yonne (1ère partie) - à bûches perdues -

    L'écoulage du Flot est la descente "libre" des bûches depuis le Morvan jusqu'aux environs de Clamecy par "les petites rivières" qui sont plus souvent torrents que rivières. Descente libre mais étroitement surveillée et conduite depuis la rive par les "poules d'eau" surnoms donnés aux ouvriers embauchés pour la saison qui, avec leurs longues perches (les "crocs"), vont tirer, piquer ou pousser les bûches, briser les embâcles qui peuvent se former et permettre la fuite du bois vers l'aval ; travail très dangereux effectué par des hommes courageux et expérimentés qui y ont quelquefois perdu la vie car les débâcles rapides pouvaient les entrainer dans le flot au milieu des dizaines de bûches précipitées  par le courant.

     

    FLOTTAGE ET  FLOTTEURS  sur l'Yonne

     

    FLOTTAGE ET  FLOTTEURS  sur l'Yonne

     

     FLOTTAGE ET  FLOTTEURS  sur l'Yonne

     

    FLOTTAGE ET  FLOTTEURS  sur l'Yonne

     

    FLOTTAGE ET  FLOTTEURS  sur l'Yonne

    une équipe de tricage (ou triage) de Coulange-sur-Yonne
    où l'on voit que les enfants, même très jeunes, font partie des équipes.

     

    Sur les ports de flottage, les bûches sont marquées à une extrémité au nom des propriétaires vendeurs puis, sur l'autre extrémité, au nom des acheteurs (marchands locaux dits "forains" ou marchands parisiens) : c'est le martelage ou marquage effectué par les équipes de tricage avant l'empilage. Les marchands, après avoir acheté leurs parts, contactent les "faiseurs de flottage", sorte d'entrepreneurs chargés de recruter les "compagnons de rivière" qui construiront et accompagneront les trains de bois jusqu'à Paris. 

     

    FLOTTAGE ET  FLOTTEURS  sur l'Yonne

     

    FLOTTAGE ET  FLOTTEURS  sur l'Yonne

     La forêt coupée s'en va par "le chemin qui marche", c'est ainsi que les montagnards appellent l'Yonne et la Cure quand elles entrainent à Clamecy ou à Vermenton les bois du Morvan.

     

    FLOTTAGE ET  FLOTTEURS  sur l'Yonne

     

    FLOTTAGE ET  FLOTTEURS  sur l'Yonne

     arrivée du bois à Clamecy

    Le "Grand  Flot "arrive  à Clamecy après plusieurs mois et un long chemin plein d'embûches et d'embâcles. Un grand nombre de saisonniers riverains des "petites rivières", hommes femmes et enfants, sont descendus vers les ports de flottage pour tirer les bûches de l'eau, les trier, les marquer, les empiler par marques des différents propriétaires. Ce travail a mobilisé un grand nombre d'ouvriers tout l'hiver jusqu'au printemps. Les trains de bois construits à Clamecy  s'élanceront alors vers Paris  à raison de 20 à 30 trains par jour pendant la grande époque du flottage (les années 1800).

    (1) Dimitri Langoureau, Flottage et flotteurs sur l'Yonne, XVIIIe siècle, 1923, Les cahiers d'Adiamos 89, n°12, 2015, 447 p.  

     

     

    FLOTTAGE sur l'Yonne (1ère partie) - à bûches perdues -

    Scène de triage des bûches avant Clamecy où, dans des chantiers spécialisés, seront construit les trains de bois. *

     

    *illustration extraite  de  la Bande Dessinée " Le Grand Fleuve" tome1 de Serge Aillery et Jean-Luc Hiettre éditée par Dupuis en 1990 puis rééditée en septembre 2015 par les éditions Paquet.

     

    A SUIVRE ...

     

     

    Deuxième partie :

    La construction très complexe des trains dans les ateliers autour de Clamecy étaient réalisées par des équipes très spécialisées de flotteurs, les trains devaient être en même temps  solides et  maniables, le voyage sur les grandes rivières l'Yonne et la Seine étant des plus dangereux. 

    Troisième partie : 

    Les ouvriers flotteurs ont su très tôt s'organiser de façon très efficace pour défendre leurs intérêts professionnels, les nombreux mouvements de grève des flotteurs depuis le XVIIIe siècle en témoignent.

     

     

     


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  • Commentaires

    1
    jean ygnard
    Mardi 25 Août 2015 à 16:23

    Quel beau panoramique forestier pour introduire un texte passionnant et richement illustré !

    Encore merci !

    2
    rafa
    Lundi 7 Septembre 2015 à 10:17

    De la technique et pourtant de la clarté, chapeau.


    On attend impatiemment le volet "histoire sociale"...

    3
    Gadjo
    Mardi 8 Septembre 2015 à 14:15

    Merci pour cet article très intéressant qui complète  le livre Guillot-Chene sur le flottage en Morvan. J'attends la suite avec impatience .

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